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Burn-out, perfectionnisme, besoin de reconnaissance : ce que le management ne voit pas

  • sylvaingeyskens
  • 1 avr.
  • 5 min de lecture

Le burn-out est devenu une réalité incontournable dans les organisations. Les chiffres progressent, les arrêts s'allongent, et les entreprises investissent dans des programmes de prévention : formations au stress, ateliers de pleine conscience, politiques de déconnexion, réorganisations des charges de travail.


Ces actions sont utiles. Nécessaires, même. La pression organisationnelle est réelle — les réorganisations constantes, l'accélération des rythmes, l'exigence de résultats à court terme créent des conditions objectivement difficiles.


Mais elles ne suffisent pas toujours. Et certains collaborateurs s'épuisent dans des contextes où d'autres tiennent. Certains managers s'effondrent alors qu'ils ont moins de charge que leurs collègues. Certains reconstitués rechutent dès leur retour.


Pourquoi ?


Parce qu'il y a parfois, derrière le burn-out, quelque chose que les outils RH ne voient pas — et que les intéressés eux-mêmes ne voient pas toujours.


Le collaborateur qui ne peut pas s'arrêter


Vous avez probablement ce profil dans votre équipe — ou vous l'avez été vous-même.


Quelqu'un d'extrêmement compétent, fiable, toujours disponible. Qui dit oui quand il faudrait dire non. Qui refait le travail la nuit pour qu'il soit parfait. Qui prend sur lui quand les autres lâchent. Qui minimise sa propre fatigue jusqu'à ce que le corps l'arrête de force.


On dit de lui qu'il "manque d'assertivité" ou qu'"il devrait mieux gérer son stress". On lui propose des formations sur la gestion du temps. On lui dit de "prendre soin de lui".


Mais aucune de ces réponses ne touche la vraie question : pourquoi ne peut-il pas s'arrêter ?


La recherche en psychologie du développement apporte un éclairage que le monde du travail commence à peine à intégrer. John Bowlby, fondateur de la théorie de l'attachement, a montré que l'estime de soi — la représentation profonde qu'on a de sa propre valeur — se construit dans les toutes premières expériences relationnelles, bien avant l'entrée dans la vie professionnelle. Elle se construit non pas par la réussite, mais par la relation.


Un enfant dont les besoins sont entendus de façon disponible et prévisible intègre qu'il est digne d'intérêt et d'amour — indépendamment de ce qu'il produit. Un enfant dont la valeur a été conditionnée à sa performance, sa conformité ou son utilité pour les autres intègre une équation différente : je vaux ce que je fais.


Cette équation, une fois installée, structure tout le rapport au travail.


Quand le bureau devient le terrain de jeu de l'enfance


Ce que les chercheurs en psychologie organisationnelle observent — et que les praticiens du terrain confirment — c'est que les dynamiques relationnelles de l'enfance se rejouent dans l'environnement professionnel.


Pas de façon caricaturale. Mais avec une précision parfois troublante.


Le perfectionniste épuisé qui refait son travail dix fois, incapable de rendre quelque chose qu'il juge "suffisamment bon" — n'a souvent pas peur du manager. Il a peur de confirmer une conviction plus ancienne : je ne suis pas à la hauteur. La performance est son seul moyen d'acheter un sursis contre cette conviction.


Le collaborateur qui ne peut pas dire non — même quand il est déjà débordé, même quand la demande est déraisonnable — ne manque pas de formation à l'assertivité. Il a appris très tôt que sa place dépendait de son utilité pour les autres. Dire non, c'est risquer de n'être plus rien.


Le manager en quête permanente de reconnaissance — qui prend mal la moindre critique, qui a besoin que ses décisions soient validées, qui s'effondre face à un feedback négatif — n'est pas immature ou fragile au sens ordinaire. Son estime de soi est externe : elle dépend du regard des autres pour se remplir. Chaque validation la gonfle un peu ; chaque critique la vide.


Celui qui surinvestit émotionnellement — qui n'en a jamais assez, pour qui chaque objectif atteint est immédiatement remplacé par un objectif plus grand — est dans ce que certains praticiens nomment l'hyper-motivation : une quête permanente de "quand j'aurai ça, je serai quelqu'un". La lune n'est jamais dans la main. Et l'épuisement, lui, finit par arriver.

Dans tous ces cas, le travail n'est pas seulement un lieu de performance. C'est un lieu où se joue quelque chose de bien plus fondamental : la confirmation ou l'infirmation de sa propre valeur.


Ce que ça change pour le management


Comprendre cela ne revient pas à psychologiser le management, ni à faire porter aux équipes la responsabilité des dysfonctionnements organisationnels. Les conditions de travail comptent. La charge compte. Les réorganisations constantes et la pression à court terme ont un impact réel qu'il serait malhonnête de minimiser.


Mais ça change plusieurs choses concrètes.


Sur la prévention du burn-out : agir uniquement sur les conditions externes — charge, rythme, ressources — sans s'interroger sur ce qui pousse certaines personnes à ignorer leurs propres limites, c'est traiter la fièvre sans chercher l'infection. La prévention durable passe aussi par créer des espaces où les collaborateurs peuvent exprimer leurs difficultés sans craindre pour leur image — ce qui suppose un niveau de sécurité psychologique que peu d'équipes ont réellement construit.


Sur le feedback et la reconnaissance : un manager qui comprend que certains collaborateurs ont une estime de soi externe et fragile va adapter sa façon de donner du feedback. Non pas en évitant la vérité — mais en créant les conditions pour qu'elle soit entendue sans déclencher une réaction de survie. La différence entre un feedback qui développe et un feedback qui paralyse tient souvent moins au contenu qu'au contexte relationnel dans lequel il est donné.


Sur le recrutement et les promotions : les profils les plus visibles, les plus "performants" au sens étroit du terme, sont parfois ceux dont le moteur est le plus fragile. Identifier la différence entre une ambition saine et un surinvestissement compensatoire est une compétence managériale rare — mais précieuse.


Sur soi-même : les managers sont rarement épargnés par ces dynamiques. Le manager qui humilie ses équipes en réunion n'est pas nécessairement sadique — il est souvent lui-même dans une insécurité profonde, et la domination est sa stratégie de survie. Reconnaître cela ne l'excuse pas, mais change la façon de l'accompagner.


Ce qu'on peut faire — concrètement


Tout cela ne signifie pas qu'il faille transformer chaque manager en thérapeute, ni ouvrir des séances de psychanalyse collective en réunion d'équipe.


Mais plusieurs leviers sont à la portée des organisations et des individus.


Pour les individus : comprendre que certaines réactions professionnelles — la paralysie face à la critique, l'impossibilité de déléguer, la culpabilité de prendre des congés — ne sont pas des faiblesses de caractère mais des mécanismes inscrits profondément. Cette compréhension seule allège quelque chose. Et elle ouvre la voie à un travail plus ciblé, souvent plus court qu'on ne le croit, avec un accompagnement adapté.


Pour les équipes : le niveau de sécurité psychologique d'une équipe — la capacité de ses membres à prendre des risques interpersonnels sans craindre la sanction — est le facteur le plus documenté de performance collective durable, depuis les travaux de Google sur les équipes efficaces (Project Aristotle, 2016). Ce n'est pas un luxe ou un à-côté du "vrai travail". C'est la condition de base.


Pour les organisations : intégrer dans les programmes de prévention du burn-out une dimension qui reconnaît que l'épuisement a parfois des racines plus profondes que la charge de travail. Pas pour médicaliser le management — mais pour ne pas s'étonner que les formations au stress aient des effets limités sur des personnes dont le problème fondamental n'est pas la gestion du temps.


Pour aller plus loin


Si vous êtes manager, DRH, ou dirigeant, et que vous reconnaissez certains de ces profils dans vos équipes — ou en vous-même — je propose des accompagnements individuels et des formats d'équipe qui intègrent cette dimension.


Ce n'est pas de la thérapie d'entreprise. C'est un accompagnement ancré dans la réalité des organisations, qui reconnaît simplement que les personnes qui les habitent ont une histoire — et que cette histoire compte.



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